Actualité Arusha Les numéros de pages insérés dans le texte renvoient au guide Tanzanie, Tanganyika, Zanzibar, 4ème édition, Editions L’Harmattan, Paris Notes prises en bus. Route de Morogoro, plusieurs hôtels, sur 20 ou 30 km. Sun of the Child ; Université Libre de Dar es Salaam, dans un bâtiment qui paraît somptueux. Des oranges en vente au bord de la route (juillet), puis cela cesse, et puis cela reviendra à Mombo. Palmeraie (elaeis) à Karagwe. Plantations de sisal. Maïs, riz pluvial (celui-ci gagne). Paysage de montagne au pied des monts Usambara. La route est assez accidentée, mais en bon état. Quelques reliefs sur la plaine masaï, à l’ouest, mais beaucoup moins accusés. A Mombo, départ de la route vers Soni et Lushoto. Stop de 15 mn à Mombo (ravitaillement peu sûr), une impression de « richesse », peut-être fausse. Pommes et poires des monts Usambara. Auberge(s), comme à Karagwe, de sorte que malgré tout, sur la route de Moshi on peut faire étape en plusieurs endroits, mais évitez les bouges pour routiers. En résumé, la route vers le nord est beaucoup plus spectaculaire que dans mon souvenir. C’est seulement après avoir passé le cap des monts Pare du Nord (North Pare) qu’on distingue la ligne de crête du Kilimandjaro, sa pente orientale, ligne bleuâtre, jusqu’au capuchon de neige (en juillet). Ces voyagistes vous emmènent à Arusha et en safari. Rando :  Terre d'Aventure, dans le nord   Chic : Aventuria  Au moins trois réceptifs et tours opérateurs d'origine française installés à Arusha (p. 180) : Nature Discovery (En 2003, Eric et Angelica Christin ont cédé Nature Discovery à un Britannique. Mais rien n'aurait changé à l'agence, qui compte plusieurs employés francophones), Corto Safaris et, depuis 2007, Faune & Flore. Allez voir aussi (mais ça douille !) le nouveau Zed safaris ltd, dont le siège est à Dar es Salaam. Sinon il y a des dizaines d'agences de voyages à Arusha... Nombre d'entre elles figurent sur la liste noire régulièrement actualisée par les autorités... La liste est en principe disponible au Tourist Information Centre. Il y a quelque temps, un ami faisait affaire, à sa plus grande satisfaction, avec Ultimate Safaris. Abondante documentation sur les Rwa installés sur le mont Meru. L'impact de la culture du café chez les Meru (Rwa, chap. 18) * Vous poussez la porte d'une boutique près de Clock Tower, où un Indien a entrepris de faire votre éducation aux pierres précieuses – en taisant la « cuisson » de la tanzanite, bonne à servir au touriste. De toute façon, telle qu'elle, la pierre tiendra le temps d'un amour, mais comme à la longue elle perdra de son éclat, mieux vaut l'acheter pour l'offrir à l'occasion de noces d'argent. * Moshi Plusieurs hôtels peuvent être ajoutés à la liste de la page 171, dont Kilimanjaro Crane Hotel, en ville. Vous pouvez y loger et y organiser l’ascension du Kilimandjaro – pourvu que cela ne soit pas à une période de trop grande affluence. Je confesse n’être pas allé à Moshi depuis des lustres. Je m’étais installé à l’auberge luthérienne, pour un séjour merveilleux. Aujourdhui, pour ce qui concerne les établissements du centre ville (ou à peu près), je ne peux que vous orienter vers ce site. Mais vous aurez plus de choix, avec la localisation des établissements, sur ce site. Hôtels à Marangu (p. 163) Bibliographie (p. 257) : Mes ascensions en Afrique, Payot, 1938 Viss-Dunant   * Mkomazi National Park (p. 159) Je n’y suis pas allé, mais je vous invite à ouvrir deux sites : Tanapa et  safari-tanzanie.net. Actualité parcs du Nord "Même Pop, dans ce qui représentait le racket par excellence, l'arnaque au safari, observait des principes très rigoureux ; d'une rigueur sans faille. On peut plumer le client, mais il doit en avoir pour son argent. [...] Mais il s'était avéré que les gens riches aimaient que cela coûte cher et revenaient encore et toujours, les prix ne cessaient de monter, et c'était un luxe que les autres ne pouvaient s'offrir, ce qui en augmentait l'attrait." Ernest Hemingway, La vérité à la lumière de l'aube, Folio, pp. 317, 318 Je vous parle d'une région où je ne suis pas retourné depuis des années... La première fois, c'était dans les années 70. A Olduvaï, une Britannique nous encourageait à traverser la rivière sans attendre. C'était Mary Leakey, et je crois que c'est son fils qui nous treuilla plus tard et nous sortit de la rivière... Je me remémorerai des années plus tard cet épisode, alors que nous treuillions un pick-up entre Macao et Ndutu – Mâkao n’est pas un lieu où vous conduisent habituellement les agences : ici il n’y a pas d’animaux, que voulez-vous, il n’y a que des hommes ! Et encore, parfois ce ne sont que les traces d’hommes. Mais elles ont 2,4 millions d’années. Ah ! A part le Gelaï, le Lengaï, le Natron et la région proche de la frontière du Kenya, c'est le zoo... Les guides sont en contact permanent avec le PC de l’agence d’Arusha, qui les emploie et leur dit où conduire les clients. Lorsque j'y suis retourné, au début des années 2000, c'était pour m'écarter des pistes traditionnellement empruntées par les « safaristes ». Depuis lors la singularité, et la sauvagerie de ces lieux a dû s'estomper. Mais j'ai rouvert mes carnets de notes. C'était encore l'Afrique que je m'autorisais à rêver naguère. * Lake Manyara NP (p. 187) : je ne sais pas si Hemingway le reconnaîtrait, ce parc, maintenant qu'il n'a plus de rhino (et Hemingway n'y est pas pour rien !). Hébergement luxe * Tarangire NP (p. 220) : Quatre hébergements de SafariVO, dont Tarangire Safari Lodge, qui était jadis très abordable. Consultez aussi ce site. Pour certaines lodges haut de gamme, comme on dit, une question taraude mes nuits : peut-on retourner la bouteille si le champagne n'est pas de bonne qualité ? Parce que avec les générateurs et les armoires-caves, plus d'excuse aux types qui vous servent de la bibine, même en pleine brousse... On sait vivre ou on sait pas. Rien ne vaut un Saint Pourçain sur Sioule... Je n'en démordrai pas. * Serengeti NP (p. 204) A la sortie du Corridor ouest (15 km de Ndabaka Gate) et 125 km au nord de Mwanza, Speke Bay Lodge. L’endroit m’est recommandé – je n'y suis pas allé, mais je m'efforce de recouper les informations transmises par un tiers avec le web. Donnant sur le lac, face au couchant, huit vastes bungalows self contained, où l’on peut coucher à quatre personnes ; plus en retrait, un camp de tentes « fully furnished ; hot showers and toilets are close-by ». Contact à Mwanza : Serengeti Service Travel, tél. 255 (0) 68 500061/41666, Fax : 41210. A Musoma, toujours sur le lac Victoria, mais près de la frontière kenyane, un nouvel hébergement : Matvilla Beach Lodge. De l’un ou l’autre de ces hôtels, vous pourrez porter votre curiosité vers plusieurs directions : le lac, les populations de pêcheurs ou de planteurs (cotton, ground nuts, sorghum, cassava, livestock…), le Serengeti et la faune du Corridor. Visite tôt le matin d’un village de pêcheur revenant d’une nuit de travail. L’agriculture est l’activité des femmes, la pêche celle des hommes. Observation de la faune, particulièrement intéressante au moment des migrations : migrant waders (échassiers),  Egrets from Europe, coloured Kingfishers, chattering golden and yellow weavers (tisserins) of many kinds… Fish drying in the sun. * National Geographic (France) de janvier 2003 consacre plusieurs pages au volcan Ol Doinyo Lengaï, la montagne sacrée des Masaï (p. 216). Enfin, voilà l'explication, dans un langage clair, de l'originalité de ce volcan, dont la lave sort fluide (plastique) et à basse température (530°), de sorte qu'elle se fige rapidement. Ce qui donne des sculptures naturelles tout aussi fragiles qu'originales. Il y a même le cinglé de service escaladant des hornitos en éruption... "ces cimes acérées, abruptes, qui se forment parfois autour des cheminées actives". Lisez aussi Trek Magazine d'octobre 2005 : Craters Highlands, Empakaï, le village masaï de Nayobi, en face du Lengaï, campement entre le Karimasi et le Lengaï, ascension du Lengaï, descente sur le Natron, un tour sur les Mossonik Hills… Enfin, les émissions du volcanologue Guy de Saint Cyr, sur Arte, régulièrement rediffusées, vous en apprendront plus que tous les discours sur ce volcan d’exception. Mais encore un peu moins qu’un voyage accompagné sur le site (Aventure & volcans). Hébergement : Arusha et Nord  c’est très loin d’être exhaustif, mais beaucoup de ces lieux d’hébergement se ressemblent, et la version papier du guide vous donne un lot d’adresses. Camping. Il peut se faire que les Public campsites (p. 275) gérés par l'autorité contrôlant les parcs Nationaux tanzaniens ne soient pas impeccables. Sachez que les agences de voyages et réceptifs d'Arusha font tout leur possible auprès de TANAPA pour que douches et toilettes soient tenues dans un état de propreté acceptable. "Un moran va se marier demain, m’écrivait Eric Christin voilà bien longtemps. Enfin, il ne s'agit pas exactement du mariage, mais du rituel par lequel il quitte sa famille. Ainsi va-t-il boire du lait pour la dernière fois avec ses parents. Un boeuf sera sacrifié. Donc orgie de viande... Les B. et leurs amis sont à Natron. Ils viennent de descendre du Lengaï [...]. Je leur ai dit de partir de très bonne heure, et de prendre la piste entre les volcans Gelaï et Kitumbeine. Ils devraient avoir une partie de la cérémonie. Sambeke, notre guide sur place, les attend..." (mars 2002) Je ne sais quelle agence vous recommander. J’ai fait un sacré trip avec Bushbuck Safaris, voilà des années. Si vous êtes à la recherche de vieux souvenirs, ainsi que d'informations récentes sur le nord de la Tanzanie, cliquez ici. Commander "Tanzanie, Tanganyika, Zanzibar", un guide de TOUTE la Tanzanie * * * Mâkao      J’étalai la carte routière, la Harms-IC-Verlag, celle qui n’avait jamais failli. C’était une bonne carte, comme on dit une bonne bête. Elle indiquait à l’ouest un filet blanc, à peine visible, qui  approchait du Victoria.     Au sud, un sentier serpentait vers l'escarpement du Rift et le lac Eyasi.    – Demandez-leur si nous sommes bien à Mâkao, dis-je à Godson.    Seule la piste du nord, vers Ndutu, serait possible, mais je voulais auparavant faire parler ce pays.    – Ils ont leur nom à eux, fit Godson, et ce n'est pas celui que vous dites.    Un rayon de soleil éclairait la case de terre et de tôles. Ce n'était pas un enclos où l'on parquait les animaux, mais c'était quelque chose comme l'épicerie du coin, où les Masaï venaient se fournir en bidons de maïs, en plaques de sel, en huile, sacs de charbon de bois, pains de savon et bouteilles de bière.    Vincent n'avait pas sorti son appareil photo. A ce moment, photographier des gens que nous ne connaissions pas encore n'avait pas de sens. Et puis, il y avait assez de photos de ces Masaï des hautes terres, comme nous les avions rencontrés autour d'Embulbul et sur la piste d'Empakaï.    Godson donna un coup de menton vers l'un des hommes qui l'entouraient :    – Il dit qu'il est guide de chasse. A mon avis c’est au mieux un pisteur, au pire un porteur de fusil.    Le truchement masaï, pisteur ou porteur de fusil, échangea quelques mots en swahili avec Godson. A voir son air important je compris que l’homme livrerait les mensonges que j'attendais.    – Je veux parler avec cet homme, dis-je.    – Je viens de parler avec lui et je crains qu’il ne sache rien, dit Godson, ou qu'il n'invente.    – Inventer c’est savoir quelque chose.       Godson se retourna. Voulions-nous aller vers le lac Eyasi ? Mais nous devrions alors gagner à pied l'escarpement.    – Je lui ai dit que c'était définitivement impossible, puisque vous ne pouvez pas marcher.    Déjà le pisteur masaï s'adressait à tout le monde réuni autour de la voiture, et certains, les plus éclairés, approuvèrent par des « hmm ! hmm ! »    – Ils disent qu’ils peuvent vous charger sur un âne, fit Godson. Ils peuvent vous guider, ils sont prêts à vous rendre service. Ils vous emmèneront voir leur laibon, qui est à quatre ou cinq heures d'ici et qui vous guérira. Mais ils ne peuvent vous accompagner jusqu'au lac. Je crois qu'un autre peuple non-moderne habite sur le chemin menant au lac et qu'ils ne s'entendent pas.    Il y avait au moins deux « peuples non-modernes » autour du lac Eyasi. Je me remémorais un Adam triste, descendu de la colline où il se tenait à l'affût. Devant nous il prenait la pose, mais ne pouvait jouer vrai lorsqu'il bandait son arc ou portait à incandescence les herbes sous la baguette de bois qu'il faisait tourner par à-coups frénétiques. Oui, j'avais rencontré ces gens qui faisaient leur apprentissage d'acteurs – ils se shootaient comme des vedettes de cinéma et se faisaient exploiter par leur impresario datog (p. 193). Une vraie vie d'artiste.    Je me souvenais aussi des fever trees de Mangola, sur le lac Eyasi, je me souvenais d'une femme broyant du maïs sur une meule dormante et de son chant premier, du chant qui était celui d'Eve, je me souvenais comment, quelques photos après j'avais laissé passer la chance d'ouvrir une porte interdite, un sentier vers quelque chose de très lointain et de très profond, qui était dans cette femme.    Sur le lac Eyasi, il y avait donc Mangola. Entre ici et là-bas, une cinquantaine de kilomètres pour un oiseau, mais en fait toute la distance entre Rome et Cartage.    A l'est du lac, il y avait aussi des planteurs d'oignons, qui dressaient des barrages devant les hardes d'éléphants et chahutaient pour arrêter les pachydermes. Ces peuples étaient présumés modernes, bien qu'ils eussent introduit l'excision – mais l'excision, lorsqu'elle fut pratiquée la première fois apparut comme une avancée culturelle et sociale, sinon elle ne se serait pas répandue.    Il y avait aussi d'autres Nilotes que les Masaï. Cependant les cousins des plaines (les Masaï) et des plateaux (les Datog) ne s'entendaient pas. Les Masaï prétendaient l'emporter dans cette interminable querelle de famille, et vraisemblablement l'emportaient-ils en nombre, en cohésion et en détermination. Les Datog l'avaient joué trop perso. Enfin, c'était mon idée, comme ça. Et puis ils avaient été assommés par les Masaï, qui avaient occupé les Crater Highlands au XIXème siècle.    Une endito se penche par la vitre de la voiture, elle regarde si j'ai des jambes. Je vois en elle une curiosité mêlée d'ironie. J'ai des jambes. L'enfant emmaillotté sur son dos est tout près de moi, les bras prisonniers de l'étoffe bleue du pagne, et les mouches s'attaquent sans pitié aux yeux qui braquent vers l'étranger le même regard immobile que sa porteuse, Beauté Curieuse.    Naguère, pour lutter contre l'ennui, les Masaï guerroyaient entre clans – ceux du sud contre ceux du nord ou ceux de l'est, et caetera, selon toutes les combinaisons géographiques possibles. Ils se chamaillaient avec beaucoup d'intelligence et des codes ostentatoires. Ils trouvaient le moyen de chaparder du bétail et d'aviver des querelles pour se désennuyer et nourrir l’Histoire. Autour de Ngorongoro, certains Masaï se produisaient dans des ngoma. Ce qui était moins valorisant que guider les chasseurs étrangers. Mais les meilleurs se distinguaient dans le trafic des pierres précieuses, la protection des gisements de tanzanite (p. 286), voire le brigandage. D'autres allaient faire de la figuration jusque dans les hôtels de plage de Zanzibar. Quelques incorruptibles, à moins qu'ils ne fussent des nigauds, s'attachaient encore à l'élevage.    – Si nous avions voulu aller vers le lac, dis-je en tendant la carte à Vincent, nous aurions dû nous en occuper à Endulen. Nous ne sommes pas équipés pour le bivouac. Ensuite l'escarpement est trop raide au-dessus du Rift. Tout ce que nous pourrions ce serait contempler la terre de Chanaan.    – Chanaan ! Chanaan ! scanda-t-il, en se moquant de moi.    – Pas de vignes plantureuses, là-bas, mais de l'herbe. Les gens du cru en raffolent, de l'herbe, de la bonne herbe pour les vieux.    Je fis demander au pisteur jusqu’où il y avait des Masaï. Le pisteur répondit, après un moment de réflexion, qu'il y avait des Masaï aussi loin qu'il y avait du bétail et il poursuivit en affirmant que partout où il y avait du bétail il y avait des Masaï.    Je demandais encore s’il y avait des antilopes rouannes de l'autre côté, au nord de la piste d’Endulen à Mâkao.    – Il dit que partout où il y a des Masaï il y a aussi des antilopes rouannes.    Je commentais en français qu'il était un bien sympathique menteur. Godson ne comprit pas mais il rit. C'était lui aussi un homme hospitalier.    – Sait-il où sont les pala hala ? dis-je.    – Que sont les pala hala, demanda Vincent.    – Je ne suis pas sûr qu'il le sache, dis-je. Ce sont des antilopes noires, avec de longues cornes en forme de cimeterre – je fis le geste d'une courbure au-dessus de ma tête.    – Je n’ai jamais vu de pala hala, fit Godson avec regret.    – Moi je les ai longtemps cherchés, dis-je. Je ne les ai pas trouvés, mais je crois être en paix avec elles.    Pourtant la fièvre des antilopes Sables pouvait revenir.    Il y eut un coup de vent sur le plateau. Le pisteur masaï voulut reprendre la parole.    – Il dit que les pala hala sont plus au sud, dit Godson.    Plus au sud, plus à l'ouest, jamais où on les cherchait, et n'était-ce pas mieux comme cela ?    – On ne peut pas aller dans la réserve de Maswa, n'est-ce pas ?    – C'est une réserve de chasse, mais il n'y a pas de pala hala. (Le pisteur s'interrompit un instant, et alors sa voix se fit plus intérieure :) Il faudrait aller plus au sud, reprit-il comme dans une rumination.    – Je sais, plus au sud, ou plus à l'ouest, comme à Katavi.    De toute façon la réserve n'était accessible qu'à pied, et  je ne pouvais pas marcher. Définitivement, ainsi que se le répétaient les curieux agglutinés.    – Il n’y a pas de pala hala, dis-je, mais je suis sûr qu’il y a des kolongo.    – Ils ont parlé d’une antilope marron – "roan" voulut-il dire, mais le « r » ne passait pas, et s'en rendant compte Godson rit.    J'avais vu des rouannes, et je pouvais en parler. Il y avait d'autres antilopes dont j’aurais pu parler sans les avoir pourtant jamais observées. Le sitatunga, par exemple. Dans ce pays on trouvait le sitatunga sur une île du lac Victoria, au-delà de Mwanza, une île où je n’étais jamais allé. On le trouvait aussi, disait-on, dans le Selous, mais je ne l'y avais pas vu. Ainsi tout ce que je savais du sitatunga, je le tenais d'un cimier ijo réapparu dans la collection Barbier-Mueller, de Genève, mais dont je supposais qu'il avait dû vivre intensément avant d'être congelé dans un musée, avant qu'on ne lui refuse le droit de mourir dignement, d'une "bonne mort". Mais avoir vu le masque provenant d'une région d'Afrique, le delta maritime du Nigeria, que je ne connaissais pas d'expérience, était-ce moins vrai que l’antilope de sabots et de poils, comme je l’imaginais dans les marais de la Cross River, le ventre dans l’eau, le col fort, tendu (on pense alors à un hallali), comme j’avais vu deux buffles se tirer d’un marais à Katavi.    – Il répète qu'il n'y a pas de Sable dans la réserve de Maswa, Monsieur. Il dit aussi que les grandes antilopes dont vous parlez sont beiges.    J'avais craint qu’il ne confondît avec des gazelles.    – Les femelles de ses antilopes ont-elles des cornes, comme les mâles ?    – Oui, oui. Il assure que ces antilopes sont dans les collines, et qu'elles sont très difficiles à approcher. Ce sont bien des roans.    Cette fois il avait prononcé le "r" et il souriait sans rien dire.    Les rouannes étaient difficiles lorsqu’elles étaient chassées. Sinon, à votre approche, elles galopaient sur une cinquantaine de mètres puis se retournaient vers vous. Et Alassane, qui régnait sur le parc de la Pendjari, au Bénin, veillait à ce que vous ne les poursuiviez pas.    – Je n’en ai jamais vu non plus, dit Godson.    – Bah ! fis-je. Demandez au pisteur s’il y a des rouannes entre le lac Eyasi et le village où nous sommes maintenant.    – Le guide dit qu'il ne sait pas, mais que durant la dernière saison, les chasseurs européens en ont tué plus de vingt dans la réserve de Maswa, de l’autre côté de la piste. A mon avis, il n'est pas sûr du chiffre.    – Alors il ment bien. Ce type me plaît. J'ai l'impression que c’est une vedette ici.    – Je ne comprends pas ce que vous voulez dire.    – N’est-ce pas un homme que l’on écoute ?    – Oui, Monsieur.     Des silences ponctuaient les explications entre le guide et le pisteur masaï, puis la traduction qu’en donnait le lettré aux autres Masaï.    – Que fait-il, lorsqu'il n'accompagne pas les chasseurs ?    – Il conduit les touristes à Laetoli, lorsque le site est ouvert (p. 201). Les Masaï en ont la protection. Je ne comprends pas l'intérêt de ces choses-là, dit Godson.    – Demandez-lui où allaient les hommes qui marchaient dans la cendre ? Je suppose que les guides répondent à ce genre de question.     Le pisteur répondit catégoriquement, non sans fierté : – A la guerre.    Où qu'un Masaï puisse aller, c'était à la guerre, s'obligeait-il à croire.    – Je crois qu'ils n'allaient ni à la guerre ni à la chasse, dis-je à Godson, puisque dans leur groupe il y avait des femmes et des enfants. Ils fuyaient le volcan.    – Ils ne fuyaient pas, protesta le pisteur. Je sais la vérité.    – Il y était, dit Vincent.    – Ils allaient vers le Victoria. Je crois qu'ils suivaient cette piste, là devant nous.    – De quand date le dernier passage d'une voiture ? demanda Vincent.    – Ils disent qu'il passe ici des voitures tous les jours, répondit Godson.    – Mais aujourd'hui ?    – Aujourd'hui il y a nous, dit Godson.    Nous étions la voiture d'aujourd'hui. C'est à dire que si nous tombions en panne, nous ne pouvions compter sur personne.    – Je suppose qu'il passe des pick-up de commerçants indiens.    Au-delà de Mâkao, la piste longeait le sud de Maswa, puis elle s'enfonçait vers le pays Nyamwezi, à l'écart de la mine de Williamson, où l'on extrayait le diamant. J'avais retenu de Mwanza le souvenir d'une nuit en train, le souvenir du musée Sukuma et encore l'affrontement avec un employé du port – c'était pendant la guerre contre Idi Amin Dada et une vedette armée était à quai, mais qui aurait-elle pu inquiéter ? J'avais rapporté des statuettes de ce pays, l'Unyamwezi, et lorsque je désirais y retourner je les sortais de leur vitrine, je les caressais et elles me parlaient. Elles avaient des bras courts et filiformes, avec lesquels elles ne pouvaient saisir le monde. Le mâle lançait un cri formidable. Moi non plus je n'arrivais pas à embrasser le monde, mais je commençais à sentir ce pays me pousser vers le ciel.    Et au bout du bout de la piste, sur le lac Victoria, il y avait la route de Nairobi à Mwanza, où des camions crachaient de sombres fumées. C'est ainsi que ce pays bougeait, des grands lacs à l'océan, sur une route où les prostituées avaient leur section de bitume, devant des buvettes sombres. Et  le long de la route courait le mal, le mal qui arpentait les fossés. C'était le terrain de Satan et des sectes prêchant contre le Malin. C'était le monde que l'on disait vrai, l'exécrable et dur monde des pécheresses.    – Ils disent qu'il va pleuvoir, Monsieur, et que la piste traverse des zones de cotton soil.    – Connaissez-vous la route jusqu'à Ndutu ? Je crois que du cotton soil, il y en a partout ici.    – Il n'y aura pas de problème, Monsieur. Nous avons un bon Land Rover, et nous irons où vous voulez. Mais vous devez me dire où vous voulez passer la nuit. Si nous dormons à Ndutu, Mister Vincent et vous aurez des choses à voir demain : Olduvaï, la migration dans le sud du parc. Et puis il y a des choses à voir dans les gorges, des nids de vautours, m'a-t-on dit.    Il n'y aurait pas de problème non plus pour aller à Olkarien Gorge, et voir ces vautours qui nichaient sur les falaises, mais ce n'était pas exactement ce que je voulais voir de ce pays, ni les plaines de Salei.    (...) Je songeais encore aux antilopes rouannes, sujets du Mensonge. Les antilopes rouannes, c’était comme les sentiers vers le lac Eyasi et les Hadzabe, c'était comme la piste de Williamson, c'était pour qu'on en parle, pour dresser des plans qu'on ne suivrait pas, et dont on savait qu'on ne les suivrait pas... Le safari était un grand jeu. Ça l’était pour les clients, ça pouvait l’être aussi pour les guides. Je dis à Godson que nous ne devions pas perdre de temps si nous voulions arriver à temps pour la nuit, et je tournais cela comme il fallait pour cacher que j'avais capitulé devant une piste qui s'enfonçait dans les limbes.    – Nous ne sommes qu’à une heure et demie de Ndutu, commenta Godson, qui paraissait rassuré.    La pluie, à nouveau, et la plupart des Masaï se regroupent sous la cahute. Mais Beauté Enigmatique reste sous la pluie, l'enfant sur son dos, et j'ai l'impression qu'elle ne bougera pas tant que nous ne serons pas partis. De sorte que je prie Godson de mettre en route le moteur. Elle nous regarde fixement.    – Voulez-vous que je demande à cette femme si nous pouvons la prendre en photo ? demanda Godson.    – Nous avons assez de photos, dis-je. Et puis si je la photographie, je risque de ne plus savoir regarder les femmes. Définitivement.    Godson était jeune et ne pouvait imaginer qu’on pût ne plus savoir regarder les femmes.    L'un des Masaï, qui avait pris de l'avance, nous indiquait la piste de Ndutu, comme un policeman réglant la circulation – pasteur, bien élevé, élégant, soucieux de sa personne, fidèle et sans doute désintéressé.    Nous longeons un carré de maïs aux tiges clairsemées. Je me retourne : un papillon bleu volette dans le regard de Beauté Curieuse et cherche à se poser. Je l'accueille sur mon épaule.    Mâkao ne pourrait rester longtemps ignoré des guides (et peut-être Godson, qui se tiendrait pour le « découvreur » de ce hameau, mènerait-il la ruée), les touristes s'arrêteraient ou ne s'arrêteraient pas ici, et voudraient acheter ou voler des photos de Beauté Enigmatique et Grave. Il y aurait même des femmes pour vouloir acheter son collier de perles. C'était une fatalité, mais cela ne serait pas nécessairement une catastrophe, puisqu’à Mâkao, Beauté Fière et Curieuse, et ses compagnons s'ennuyaient à en crever, depuis que les moran (p. 199) ne pouvaient plus affronter les lions en combats singuliers, et qu'ils ne pouvaient plus ainsi alimenter la légende. Depuis qu'on leur interdisait les rapts et guerres punitives, depuis, donc, que les femmes ne pouvaient plus se donner aux Vaillants des multiples guerres qui avaient nourri les légendes sur les Crater Highlands. *    Lorsque nous prîmes la direction du nord, les nuages couronnaient le Ngorongoro et les volcans. Nous traversâmes une savane parc, avec de l'herbe d'un vert prononcé et des arbres à large frondaison. C'était un très bel endroit, sans cruauté, où la migration ne descendait pas. Je supposais donc que cet Eden sans animaux, sans gros mammifères sinon des phacochères, était affligé d'un mal caché à nos yeux.    On avait ouvert des bouteilles de bière, et Godson avait refusé de chanter avec nous. Plus tard, on avait tiré d'affaire un pick-up Toyota en travers dans le lit d'une rivière, et après le treuillage personne n'avait songé à demander ce qu'il y avait sous la bâche de la camionnette. Ni proposé de partager une bière. Et chacun s'était empressé de partir – le pick-up, c'était peut-être la voiture quotidienne de Mâkao, l'express pour Mâkao, qui échappait au contrôle des rangers.    Godson n'avait pas affiché un petit air de supériorité et de contentement après  avoir tiré le pick-up du bourbier. Et un peu plus tard nous avions croisé la voiture d'un Nzungu (1), un barbu, qui ne nous avait pas regardés, puisque personne n'avait vu personne sur cette piste. Je me souviendrais d'une lisière sur la gauche et d'une première savane nue où étaient les premiers gnous qui mettaient bas et paissaient dans les verts et généreux pâturages, et c'était une somptueuse fête qui se déroulait, à laquelle toutes les espèces participaient, y compris l'espèce des touristes. Voilà tout ce dont je me souviendrais.    Vers Gol Kopjes une multitude grognante couvrait les collines et les vallons. Et de loin on aurait dit des mouches. Sur les flancs du Ngorongoro, j'avais jadis observé leur procession montant vers le cratère – cette même année, avec les B., nous nous étions arrêtés à Olduvaï, où Mme Leakey conduisait encore des fouilles, et plus tard nous étions nous aussi plantés au milieu d'un gué.    Un petit vent venait du nord, mais les mouches sur l'herbe verte, sur les collines et dans les vallons, et jusqu'aux pentes de Ngorongoro étaient toujours besogneuses. On voyait aussi les gnous dans les plaines sans arbres, où ils broutaient l'herbe verte, la belle et bonne herbe. Et alors vint le moment où le jeu ne m'intéressait plus, où j'aurais voulu lui voir prendre un autre essor, où j'avais besoin de moins d'espace et de plus de tout, peut-être de plus de passion, et même de plus d'acrimonie.    – Nous risquons d'arriver trop tard au gate. Pourquoi aller à Kishereji ? demanda Godson. L'agence a réservé une chambre à Ndutu.    – Nous irons chez l'Indien de Kishereji, dis-je    – Ndutu est plus convenable, dit-il    A Ndutu, les gens de l'hôtel traînaient un gnou pour appâter les lions ou les charognard. Godson ne paraissait pas choqué.    – Tu penses que je peux prendre des photos ? me demanda Vincent.    – Personne ne trouve choquant ce trucage.    Je me souvenais qu’un peu plus loin, sur la piste de Seronera, il y avait naguère des lycaons. C'étaient de bons acteurs eux aussi, mais on n'avait pas l'impression que leur vie était en jeu, parce que les proies étaient faciles avant la  migration des gnous vers le nord du Serengeti. Je me souvenais d’une pancarte signalant l’endroit, qui affichait wild dogs, comme une plaque sur la cage d’un zoo. Les lycaons avaient jailli des terriers et tourné autour de la voiture, s’agitant et jappant. Maintenant que j’avais exploré le Selous et plusieurs fois rencontré ses lycaons, il m’apparaissait clairement que ceux de Ndutu menaient une vie facile. Et pourtant ils avaient disparu pour avoir contracté le mal de Carré, en frayant avec les chiens des Masaï.    – Je n'ai pas connu les wild dogs, dit Godson. C’était il y a longtemps.   (1) Un Européen * * * Klipspringer Le klipspringer est une antilope d’altitude, solitaire. Ses sabots vantouses lui permettent de s’agripper au rocher. Cette antilope pourrait vivre sur le mont de Censis ou dans la sierra de Ronda. On la trouve en Afrique là où il y a beaucoup de rosée, des petits matins froids, des gens rares, gardiens de troupeaux enveloppés dans des couvertures...    Nous surprenons le klipspringer, le regard effaré, les membres tétanisés. Je ressens les frémissements sous la fourrure, avant qu’il ne se jette sur la piste pour la traverser et filer vers des rochers.    C'est arrivé sur la piste de Wasso à Olduvaï, lorsque nous avons piqué vers le sud, et qu'à force de voir le Lengaï sur notre gauche, nous avons compris que nous faisions fausse route.    Alors nous avons fait demi-tour et nous sommes revenus sur Wasso, puis Loliondo, qui sont tous deux sur un itinéraire dont nous n'aurions pas dû dévier.    Loliondo est le headquarter d'une réserve de chasse louée à un consortium des Émirats. C'est aussi le coeur d'un trafic de pierres précieuses. 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