Parcs du Sud (2) Les numéros de pages insérés dans le texte renvoient au guide Tanzanie, Tanganyika, Zanzibar, 4ème édition. Il y avait un dernier effort à faire : il fallait revenir sur l’Arc de l’Ouest. J’avais plusieurs pôles en tête : le Selous, Kisaki, le Kilombero… On se moquait de moi lorsque j’évoquais la sirène du Tazara trouant l'épaisseur de la forêt ou déchirrant le voile de brouillard. Voyagistes : Afric’Aventure, Utalii, Easy Travel, qui appartiennent, avec Hippo Tours (p. 77) et quelques autres agences (Coastal..., p. 114), certainement plus "exclusives", au petit groupe des professionnels tanzaniens qui "osent" les parcs du Sud (Selous, Mikumi, Udzungwa, Ruaha) et de l'ouest (lac Tanganyika). Une année je traite avec Biafra Travels Ltd (pas d'adresse), 1.300 USD pour un safari de 5 jours / 4  nuits, transport et défraiement intégral du chauffeur exclusivement : Dar-Bagamoyo (nuit)-Saadani (game drive, 2 nuits)-Pangani (1 nuit)-Tanga-Dar. Malheureusement le chauffeur ne connaît pas grand chose aux animaux et encore moins aux arts. Toujours prêt à lever le pied, bref à en faire le moins possible. Game Drive, dans les parcs du sud ou de l’ouest, comme dans ceux du nord, si votre "guide-chauffeur" n'a ni jumelles ni livre de description de la faune, sachez que votre safari a été improvisé par de pseudo-agence. Udzungwa NP Udzungwa NationaParc, qui possède l'une des plus riches flores de Tanzanie, s'offre aux moussons entre les altitudes de 300 et de 2576 m. Il se trouve que c'est aussi le parc des mangabeys (Sanje Crested Mangabey), d'une sous-espèce endémique de colobes (Iringa Colobus Monkey) et de bien d'autres mammifères : éléphants, buffles, lions, léopards, élands, antilopes Sable, duikers, bushbucks, singes de toutes sortes... Mais ce n'est pas tout : au dire des connaisseurs, le véritable intérêt d'Udzungwa réside dans la variété de ses oiseaux, l'une des plus impressionnantes d'Afrique ! 2005 : un nouveau mangabey identifié dans les monts Udzungwa (Rungwe) : Lophocebus kipunji. On visite Udzungwa National Park à pied, avec un ranger armé. Meilleure saison : de juillet à octobre. Ce dernier mois est le moins pluvieux de toute l'année, ici comme partout. Guide pratique d’Udzungwa NP A Mangula, le HQ du parc d'Udzungwa, deux auberges, modestes mais confortables – Twiga Hotel (sous réserve) et Udzungwa Mountain View Lodge –, un site de camping au Gate du parc. Mangula est à une soixantaine de kilomètres au sud du village de Mikumi. En 2009, la piste était bonne jusqu'à  Mangula. Plusieurs sites de camping dans le parc, dont Sanje Campsite. Autonomie complète exigée. On peut aussi gagner Mangula par le Tazara – omnibus, arrivée en fin d'après-midi le lundi, si tout se passe bien, ou au coeur de la nuit les deux autres jours. Et là il me faut vous introduire dans ce monument qu’est la gare de Mangula. Gare de Mangula Le type de la gare, avec la large cravate bleue, la “grande bleue” que fend un paquebot qu'on dirait dessiné par Hergé, avec l'écume, la fumée, à toute vapeur vers Washington et la Maison Blanche... Ce type c'est Auguste, le clown Auguste. Cherche-t-il en moi son monsieur Loyal ? Je crois à la révélation dans les jeux d'enfant. Comment jouera une enfant dépourvue de jouets – avec son sérieux, où le mettra-t-elle, justement, son sérieux ? Enfant, n'avez-vous pas enterré une poupée ? Vous répétez les solennités (ou rituels) adultes. Et je compris que cette enfant jouait à la géomancienne. Et même qu’elle n’était peut-être plus dans le jeu, qu'elle révisait un apprentissage. Observez-la, qui cogite en traçant des signes sur la poussière – aurais-je reconnu le Christ, s'il avait décidé ici du sort d'une femme adultère ? Si je reconstitue les deux heures passées dans cette gare de quels autres signes je me remémore ? Voilà un moment que je souhaite à tous ceux qui s'intéressent à ce continent, autrement dit à l'avenir de tous. Ce qui se passe ici me concerne. Mangula est un gros bourg qui s’est constitué autour de la gare, où deux fois la semaine le Tazara express fait une escale, et entre ici et Ifakara ce sont des plantations de canne à sucre, jusqu'à la rivière Kilombero. Outre le sucre ça fait de la bagasse, donc de l'énergie durable. Au moins pour que l'exploitation de la canne soit une opération énergétiquement neutre ? Le projet Banque Mondiale au sujet de la mise en valeur du Kilombero remonte à 1974. L'entreprise a été rachetée par des Sud-Africains à la fin des années 90. Mais la région du Kilimandjaro produit plus de sucre que le Kilombero. Si vous voulez voir de l'Afrique autre chose que des boutiques d'aéroport ou des villes reproduisant Johanesburg, des villes où règne la classe politique, les pourvoyeurs d'aide, les hommes d'affaires locaux ou étrangers, si vous voulez voir de l'Afrique autre chose que la faune des parcs, si vous voulez aiguiser votre curiosité, lire l'avenir de ce continent qui imagine une alternative au développement tel que nous le concevons, nous, et tel que de toute façon nous ne sommes plus en mesure de l'imposer au monde, le “modèle”. Nous avons voulu le faire par la loi d'érain pesant sur le dos de l'indigène, par l’assujettissement des esprits et des cultures... Et puis nous nous sommes fait dribler par des auteurs comme Naipaul ou Kourouma, alors que nous étions embourbés et que la boue, après nous être entrée dans la bouche, nous imposant le silence, nous montait maintenant jusqu'aux yeux. Et ce n'était pas que nous étions perdus, non, nous avancions toujours sur notre élan, freinés seulement par ces sacrés Asiatiques qui venaient mettre leur grain de sel en Afrique – surtout, beaucoup plus grave, nous redoutions qu’ils ne parviennent à faire rêver l'Afrique, ce que nous ne savions plus faire. En tout cas les vieilles nations d'Europe n'avaient plus de pouvoir de séduction. Les Etats-Unis avaient cru savoir faire, avec leur président noir, leurs stars noires... Un moment ils faisaient à nouveau rêver sur les grands lacs d'Afrique, quand nous en étions encore à nous poser des questions sur nos responsabilités dans des massacres, comme si l’Africain ne pouvait pas tenir seul le coupe-coupe, comme s’il lui fallait toujours un moniteur blanc qui porterait, lui, la responsabilité... Pendant ce temps, les suporters européens de grands clubs de football ne le savaient pas, mais leurs joueurs noirs ne leur appartenaient plus, tant les gamins d'Afrique s'identifiaient à eux. Si vous voulez voir de l'Afrique ce que vous n'imaginez pas, tradition et développement, débordez des Southern Circuits, osez le village de Mangula, au pied des monts Udzungwa auxquels s'accrochent des nuages – on se sent un peu comme dans une vallée des Alpes ; une station de montagne, les piolets et les crampons en moins. Kambus Express (la compagnie locale d’autocars), c'est le quotidien, ici, mais je ne sais si je peux vous la recommander, bien qu'avec une bonne assurance, et pourvu que vous ne teniez pas trop à la vie, ça soit probablement jouable. L’Auguste, qui se présente comme Barak Hussein Obama (les enfants s'esclaffent !) a la chicote verbale, il en use et en abuse, c'est le contrôleur de Kambus Express. Je l'imagine s'accrochant aux ridelles et voltigeant à la traque des resquilleurs et des bagages mal arrimés... Les employés des transports ici (train ou bus) ont affaire à tellement de resquilleurs que les contrôleurs sont tacitement investis d'une autorité – je reviens toujours à la culture de la chicote, celle de Nyerere, qui avait été instituteur ; ma génération a encore connu de ces instituteurs administrant les coups de règle sur les doigts. Lorsque l'employé ouvre le guichet de la billetterie on sait que le train a quitté Ifakara et qu'il sera là dans une heure. Il aura ses six heures de retard habituel, mais il nous mènera à Kisaki en deux heures, au lieu des cinq de route. Je rapporte de Mangula une note approximative de l'hôtel, surtout l'intérêt de rares visiteurs pour le mangabey et une sous-espèces récemment identifiée de colobes rouges ssp Iringa. Mais le parc est aussi  intéressant pour sa flore, unique et une folle diversité d'oiseaux. Une demi-journée pour l'excursion jusqu'à la chute de Sanje (170 m de chute). Le programme minimum (3 heures) vous amènera à la cascade et à un point de vue sans pareil sur la vallée du Kilombero. A la gare de Kisaki on débarque des sacs de farine. C'est là que se tient la vie, son agitation. L'Amérique a refusé de financer le Tazara, eh bien je crois que l'instituteur de Musoma avait plus de clairvoyance que les économistes de Wahington – pourtant, jusqu'à la guerre civile en Angola, il y avait le chemin de fer de Benguela ; et celui-ci devrait être bientôt remis en circulation. L’Amérique voyait les choses de son côté, avec le tropisme qui lui est propre. Sauf que Dar es Salaam ouvre le ventre de l’Afrique sur l’océan Indien et l’Asie, où tout se passe désormais. On embarquait pour deux heures de traversée, jusqu’à Kisaki. Un jour je retrouverai Theroux, le ferromaniaque, en Malaisie, avec son Railway Bazzar. Sur le ballast de Kisaki, j'enfilais un shandail pour me protéger des rayons du soleil. Lazare retrouvé me disait “mzee”, il me souriait béatement, comme s’il célébrait une résurrection. Kilombero Aller à Ifakara, et pourquoi pas une sortie en pirogue sur le Kilombero ? Mais une vraie pirogue, creusée dans un fromager, avec de vrais piroguiers, maniant la gaffe ou la pagaie. Louez une pirogue et embauchez les pagayeurs près de l'embarcadère du ferry. Remonter les berges, un boat safari, sans moteur, vous conduira aux escarpements criblés de nids de guêpiers. L’avifaune, sur les “sands” : becs ouverts et ibis... Un héron attend patiemment une proie, patiemment comme le pêcheur qui se tient sur la berge. Dans les roseaux, les calaos – c'est une famille qui m'intéresse, pas une famille nombreuse (tout de même une douzaine de membres), mais je l'associe à de bons moments, des réveils pleins de promesses. Allongé dans la pirogue, sous une cigogne tournoyant, l'ivresse, mon ivresse. Par contraste, dans les camps du Rufiji, en aval du Selous, l'odieuse pétarade venant du fleuve et que personne n'aura le courage d'interdire. Cette journée est réussie parce nous n'avons pas profané la rivière. Cette journée est ratée parce que nous n'avons pu prendre le temps de nous poser à Ifakara, d'aller voir du côté de la gare ; je n'étais pas venu à Ifakara avec l'intention d’esquiver la ville. Ifakara, si vous tapez sur internet, ça donne un centre de recherche sur le paludisme... et de ce fait une mauvaise image de la ville et de la région marécageuse... Pour rejoindre le Rufiji, plein est, mais ce n'est pas à côté, et je crois qu'il faut franchir des rapides... Si vous voulez allez au bout du bout, au bout de vous-même, si vous voulez vous mettre en danger, demandez à une agence de Dar es Salaam de vous organiser une expé de cet ordre. Vous risquez de passer pour un cinglé, c'est tout et c'est réellement sans conséquence. Demandez à Anne, de l'agence Afric'Aventure, que je crois la plus compétente pour un tel programme... Nous aurions pu aller jusqu'à la limite du Selous. On nous l'avait promis : on touche le Selous, on observe, on pique-nique et puis on rentre... Mais alors il ne faut pas que le 4x4 tombe en panne et nous fasse prendre du retard. On a tout de même pu se coller dans une pirogue, pour un programme réduit, et on est partis pour l'amont, en se disant que la rivière était partout la même. Ça ne faisait pas marécage, comme on aurait pu croire en regardant la carte. Après, le piroguier nous aurait bien fait glisser vers l'aval, et peut- être aurait-on pu atteindre le Rufiji avant la nuit et bivouaquer et se faire bouffer par les moustiques ou les crocos, on aurait pu faire tant de choses, mais peut-être qu'on n'en voulait pas assez. Il y a des agences qui préparent à des expéditions comme cela, mais le gars qui pagayait, je pense bien qu'on était ses premiers touristes. Lazare, notre cuisinier, l'a même engueulé parce qu'il jetait un papier dans la rivière, non mais ! Ce péquenot, il faut tout lui apprendre. Le pagayeur qu’a rééduqué Lazare vous attend contre l'embarcadère d'Ifakara, et maintenant il sait qu'il ne faut pas balancer les emballages ou les peaux de banane à la rivière, parce que les crocros pourraient les avaler de travers, les pôvres bêtes ! Il y a des guest-houses à Ifakara (comme la guest-house de l’hôpital) sans doute moins confortables que celle d'Udzungwa, mais il faut savoir ce qu'on veut. Ruaha National Park Vers le River Camp rénové, pas de koudous pour nous, mais encore une fois des éléphants, au même endroit que 20 ans auparavant. Une savane à parc, une forêt riveraine qui me semble-t-il s'est réduite comme peau de chagrin. Sur la rivière, maigrichonne, des ibis adada, hornbills, oies d'Egypte... Damans des rochers, les voilà, pour moi qui les observe – des alpinistes. En revanche je ne vois pas de galagos. Qu'est-ce qu'ils font ceux-ci, alors que jadis ils ne cessaient de se promener bruyament sur les toits. On me fait lambiner au pied du pavillon central de River Camp... C'est de ma faute, le chauffeur petit- déjeune avec Alex, mon accompagnateur et infirmier ; il ne roule pas, et c'est tout bénef pour lui. Comment je me suis fait manipuler, avec ma prétendue expérience du pays. Plutôt, je n'ai pas vu le danger avant. Un déjeuner qui s'éternisait à Morogoro, les chinois qui nous passaient devant... les signes annonciateurs d'entourloupes. J'aurais dû m'affirmer tout de suite comme capitaine. Ou faire appel à Zed Safaris, qui est basé à Iringa, près de Ruaha NP ? Les employés de River Camp ne lambinent pas, eux (pardi, management Fox !) : ils y vont au pas de course, d'un pavillon l'autre – cela doit être une habitude de la maison... et la meilleure façon, pour la dirction, de s'assurer que son personnel ne perd pas de temps. Le parc des éléphants (vu en 2011, mais de trop loin, deux d’entre eux à la lutte), le parc des grands koudous... et peut-être des antilopes Sable. A coup sûr l’un des plus vrais de Tanzanie. Guide pratique de Ruaha NP Hébergement L'ouverture de nouveaux camps ou lodges à Ruaha – de ces trucs coûteux, et plus ou moins "exclusifs" (traduisez : "Là où on se retrouve entre riches") : outre River Camp : Mdonya Old River, Jongomero Camp, Mwagusi Safari Camp, etc. Je ne peux vous en dire plus que ce que chacun en dit sur son propre site ! Plusieurs camps ou lodges en dehors du parc, avec tous les inconvénients que cela présente (1), et peut-être certains avantages, comme être proche du gate de Jongomero... et du miombo intérieur au parc, où j'ai été repoussé par les tsé-tsé (ayez un véhicule climatisé). Ah, chaque fois que j'ai frénétiquement recherché des Sable, dans leur milieu, j'ai été assailli de tsé-tsé. Vu des campeurs (dans public et special campsites), 50 USD/personne dans les special et 30 USD dans les public, pas meilleur marché que dans la rest house, à Msembe, où nous finissions par attérir – 30 USD/ personne. Nous logeons dans la rest house proche du head quarter du parc et de l’aéroport. Excellent rapport qualité/prix, mais on n’y sert pas de repas. Je vous recommande vivement de réserver – voir le site officiel de Ruaha. (1) On vous trimbale hors du parc une heure le matin et une heure en fin d'après-midi, alors que ce sont les meilleurs moments pour explorer la nature ! * * * A nouveau menacés L'année 2011 s'achève sur un triste bilan pour les éléphants d'Afrique, plus que jamais victimes du braconnage. Chargée de surveiller le commerce illégal de l'ivoire, l'organisation non gouvernementale Traffic tire la sonnette d'alarme. Selon elle, la présence grandissante de ressortissants asiatiques sur le continent africain n'arrange pas les choses car ces derniers servent de relais aux bandes criminelles organisées. Alors que le commerce international de l'ivoire est interdit depuis 1989, la contrebande de défenses d'éléphants n'a jamais été aussi florissante et les saisies records se multiplient en Afrique. Il y en aurait eu treize en 2011, contre six en 2010. Au moins 23 tonnes d'ivoire ont été confisquées, et 2 500 éléphants massacrés. Ces chiffres sont probablement bien en dessous de la réalité puisque de nombreux pachydermes abattus et dépecés échappent tout simplement à tout recensement. Par ailleurs, Traffic ne retient pour ses statistiques que les saisies effectuées par les autorités, et à condition que ces dernières aient été supérieures à 800 tonnes. Sur le continent africain, la forêt du bassin du Congo est celle qui suscite en ce moment le plus de convoitise : l'ivoire des éléphants des forêts est en effet réputé plus résistant et plus facile à travailler en bijouterie. Les pays de transit sont toujours les mêmes : Nigeria, Kenya et Tanzanie en tête. Si la demande a fondu dans les pays industrialisés où les campagnes de sensibilisation ont porté leurs fruits, elle est en revanche en train d'exploser en Asie, notamment en Chine et en Thaïlande. Ouvrir aussi ce site  En somme rien de nouveau, depuis que la Tanzanie payait en pointes d'ivoire le Tazara chinois. On voit que la réussite est aisée en Afrique pour certains asiatiques. Je ne crois pas que la Chine soit moins prédatrice que les puissances européennes. Est-elle moins brutale ?   L’éléphant déjà sauvé de la disparition à Ruaha, mais à nouveau menacé Accueil du site Quatrième de couverture Tanzanie Informations pratiques Tanganyika Actualité Dar es Salaam Actualité Littoral Actualité parcs du Sud 1 Actualité parcs du sud 2 Actualité parcs de l'Ouest Actualité Arusha et Nord L’Economie par thèmes Une approche culturelle